Que reste-t-il de nos amours ?


Les grand-parents étant partis, il a fallu commencer à vider la maison.

Maman a trouvé de vieilles lettres d'amour qui dataient de 1950.
L'aventure du mariage allait commencer.

Elle exprimait ses craintes de le décevoir, d'être idiote, de ne pas être à la hauteur des tâches qui allaient lui incomber. Aux antipodes de la femme que j'ai connue, forte, sans crainte, impérieuse.
Lui, déjà militant, écrivait sur du papier à l'entête du Loisir Populaire, lui passait le bonjour des copains, l'appelait tendrement “ma petite Ginette”.

Quel trésor… Gardé dans l'armoire de leur chambre pendant plus de 60 ans.

L'encre noire est encore intacte, le papier jauni exalte l'odeur que seuls les amoureux des vieux livres connaissent. Et ce baiser posé en bas d'une lettre, rendu indélébile par ce rouge à lèvre fuchsia.

Il y a eu ce désir ardent de lire quelques bribes, par ci par là, et cette crainte de déranger les souhaits des morts - peut être que leurs secrets devraient rester au fond des tombes.

Aussi, cet irréalisme, ce voyage dans le temps, à la rencontre de ces inconnus d'alors.
Il y a aussi ce parallèle avec notre époque, si dématérialisée, presque vide de sens. Et alors, la question est : que restera-t-il de nos amours ?

Commentaires