Prise de tête annuelle

Comme chaque année (ok, en réalité, cela arrive beaucoup plus fréquemment), je me pose des tonnes de questions. À la limite de la névrose. Mes relations avec les autres (amis, parents), l'image que j'ai de moi, ce que j'attends de la vie, l'endroit où je veux être, ma façon d'aborder le travail. Et encore un tas de questions, toutes plus bordéliques les unes que les autres.
Quand je pense avoir résolu une énigme, une autre vient se poser à moi, attendant de ma personne que je me tourmente pendant une semaine. Et ensuite, la question qui semblait réglée revient de manière insidieuse.

De prime abord, je suis comme ce serpent qui se mord la queue. Je voudrais parfois ressembler à cette catégorie de personnes qui prend la vie comme elle vient, tirant le positif de toutes sources possibles et imaginables. Cependant, cette constante remise en question fait ma force, je crois… Car au fond, elle me pousse vers le haut.

Il n'en reste pas moins que je suis une névrosée. Je suis incapable de profiter du moment présent, par peur de mon avenir. Peur de me réveiller un jour, dans dix ou vingt ans et de me demander “Qu'ai je fait de ma vie ?”. Pourtant, je pense avoir les clés du bonheur dans ma poche (si on met de côté une famille un peu fucked up).

Et la cloche qui a sonné mes 25 ans n'a rien résolu… La trentaine semble être la nouvelle vingtaine. Cela parait beau sur le papier nommé “Idéalisme”, mais est-ce bien vrai ? Je me le demande. Peut être que notre devoir, mes amis, est d'abandonner les fêtes et l'alcool qui coule à flot, les illusions de pré-adultes. L'heure est peut être à la planification, la carrière professionnelle à bâtir, et cette maudite l'horloge biologique qui nous assène de ses irrémédiables “tic tac” (Simone de Beauvoir disait très justement de la Femme “elle est de toutes les femelles mammifères celle qui est le plus profondément aliénée, et celle qui refuse le plus violemment cette aliénation ; en aucune l'asservissement de l'organisme à la fonction reproductrice n'est plus impérieux ni plus difficilement accepté”).

Dernièrement, j'ai appris que ma cousine (je la revoie encore jeune et solaire, mon premier modèle féminin) ainsi qu'un couple d'amis, attendaient un enfant. Je le l'aurais jamais cru, mais cela m'a fait comme un électrochoc. Un enfant comme prolongement de son existence et de son amour pour quelqu'un, un être vulnérable que l'on doit guider, protéger et chérir. Peut-être une des aventures les plus marquantes d'une vie. Et d'un coup, je relativise mes tracas, qui sont minuscules (et accessoirement, vraiment idiots) face au miracle de la vie et à sa puissance positive.

Hier, Nam m'a écrit “Nanou, dans la vie, le but ce n'est pas de regarder vers où l'on va, c'est de vouloir être là où l'on est. Demande toi si quand tu es ici à Paris, il te manque quelque chose. Puis demande toi, si quand tu es à Londres, il te manque quelque chose. Cela t'aidera peut être à savoir ce que tu cherches là bas. Et ce dont tu as vraiment besoin”.
J'en viens finalement au premier livre que j'ai lu en cette nouvelle année, j'ose dire que si 2014 ressemble à cet ouvrage, cela promet une belle nouvelle année de névroses. Marguerite Duras - La passion suspendue - Entretien avec Leopoldina Pallotta della Torre.

Duras a fait son entrée dans ma vie lors de mon année de première littéraire. Ma professeur, une autre femme marquante de ma vie, m'avait conseillé de lire ce célèbre roman à portée autobiographique L'Amant. La moiteur de l'Indochine mélangé à l'érotisme de cette jeune métisse au chapeau d'homme. Ce style littéraire fait de fragments de souvenirs, coupés par des espaces vides, des dialogues qui se substituent à la description des caractères et toute cette fausse simplicité. Mon coeur a fait boom.

Cette transcription des rencontres avec cette journaliste italienne est exceptionnelle de simplicité et de complexité. Car Duras, comme à son habitude, transcrit la Vie, faite de relations complexes et entrelacées, de peur, de joie, de peine, d'amour et de passion. Il n'y a pas de morale, pas de fin, juste une vie suspendue. Et mon amour pour elle ne fait que s'amplifier.
Avec elle, la Littérature atteint son but. Elle permet au lecteur d'accroitre sa lucidité, le débarrasse de préjugés, de timidité et de façon plus globale, l'aide à vivre et à sentir ce qu'il n'aurait pas perçu par lui-même (je penserais presque que la littérature d'apprentissage est en dehors de toutes zones délimitées).

Écrire est un formidable remède. L'écriture se révèle être une formidable thérapie, qui permet de se vulgariser. Il s'agit alors de remplacer ces peurs par des mots, de s'alléger et de se libérer.
C'est peut être le remède à mes névroses.


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